Roland Zede, un coach initiateur de la marche OTOP©

Interview de Roland Zede : la méthode OTOP©, une passion

Alain Gestin : Merci Roland de prendre enfin le temps, maintenant que tu es à la retraite, d’échanger sur un monde que tu connais bien, celui de la marche nordique, et aussi de la méthode OTOP©.

Roland Zede : Merci à toi aussi d’avoir été patient et insistant… Veux-tu bien m’enlever les menottes maintenant… (rires).

A.G. : Peux-tu te présenter ?

R. Z. : Natif de la région parisienne, aujourd’hui j’ai 63 ans et je vis au cœur de l’Hérault près du lac du Salagou. J’ai pratiqué des activités physiques et sportives dès mon plus jeune âge : football, rugby, handball et plus particulièrement le judo (ceinture noire et participation à plusieurs championnats de France). 

Mes débuts avec le fitness

Mon activité professionnelle a démarré en 1979 dans une salle de fitness à Paris, le club Jean de Beauvais dans le 5e arrondissement. C’était l’époque de Véronique et Davina pour ceux qui connaissent. Une salle élitiste, tant sur le cadre prestigieux (ancien couvent avec poutres, voûtes, pierres apparentes) transformée en plusieurs plateaux sportifs, que sur la technicité du matériel et la qualité de prise en charge des pratiquants (consultation par un médecin du sport attaché au club pour établir un bilan physique et définir le programme d’entraînement adapté en fonction des objectifs et des capacités de chacun) et aussi innovante qui s’inspirait des pratiques de santé/bien-être des pays du Nord de l’Europe, déjà en avance. 

Ensuite, sous l’influence des Etats-Unis en matière de recherche sur la santé et d’entraînement physique, elle a été l’une des premières salles en France à mettre en place des circuits de cardio-training. C’était pour moi une première expérience professionnelle dans le domaine sportif très intéressante et enrichissante qui dura plus de 10 ans. Durant cette période, j’ai découvert également la moyenne montagne tant en été qu’en hiver, avec un engouement plein de plaisir pour le ski de fond et la randonnée sportive.

Un goût pour la photographie

Ensuite, j’ai rejoint mon ami d’enfance chez Minolta, d’où mon goût pour la photo. Installé dans le Vercors, je découvre la course à pied en montagne et l’utilisation des bâtons lors des montées sévères et, au début des années 2000, je passe mon diplôme d’accompagnateur en montagne. 

En 2003, les études sportives de mon fils m’amènent à quitter le Vercors pour Sallanches en Haute-Savoie où je continue en partie mes activités d’accompagnement en montagne et, en parallèle, je travaille en magasins spécialisés en trail, running et fitness.

Pratiquer la marche nordique en montagne

De l’utilisation des bâtons en trail, de la pratique du ski fond, des prérogatives du diplôme AEM qui autorise l’encadrement de la marche nordique, une évidence s’est offerte à moi : pratiquer et enseigner la marche nordique, le plaisir de transmettre un geste technique et sportif en moyenne montagne. 

En 2012, une révélation ! La vidéo de Pino Dellasega (référent de la Marche nordique et de la formation des instructeurs en Italie) : la Technica. Le maestro Pino démontre une très belle gestuelle sur un enchaînement technique. Il exprime le côté ludique, sportif, élégant et harmonieux de cette magnifique activité qu’est la marche nordique. Par la suite, nous deviendrons amis et il me fera venir pour enregistrer une vidéo avec lui, où nous nous amusons comme deux frères jumeaux sur le thème de la synchronisation.

Marche en montagne en méthode OTOP©
Pino Dellasega et Roland Zede

Le concept et la méthode OTOP©

En 2013, une belle rencontre avec Jean-Philippe Samel qui a créé le concept OTOP®. Il me fait passer mon instructeur de marche nordique OTOP®, me prendra comme assistant sur les formations suivantes puis me donnera les clés de la maison OTOP® dont je deviens le référent durant plusieurs années. Une passion grandissante s’installe en moi et ne me lâchera plus. Je décide de créer ma structure professionnelle, AIR-Z est né.

Un métier à temps complet pendant plus de 10 années, l’organisation de plus de 60 stages (d’une durée d’une semaine chacun) de perfectionnement en marche nordique OTOP® en France, Italie, Belgique… Des interventions en clubs, associations, groupes, des formations d’instructeurs en Marche nordique OTOP®,  mais aussi en Nordic Trail Bâtons® et Nordic Power®. Des présences sur de nombreuses animations sportives ou pour la santé (Parcours du cœur, Octobre rose…).

J’ai échangé, partagé, donné, enseigné… Pendant 10 longues années sur tous les terrains avec mes bâtons, avec le recul, je me dis quel régal ! Quelle chance d’avoir fait toutes ces belles rencontres, d’avoir fait découvrir de magnifiques régions et une pratique tellement magique. Ce furent des aventures sportives et humaines inoubliables. Merci pour ce merveilleux cadeau de la vie !

Méthode OTOP© avec Roland Zede

Une pratique harmonieuse, qui sollicite l’ensemble du corps

A.G. : Peux-tu nous donner une définition de la marche nordique ?

R.Z. : Chacun a sa sensibilité et une image particulière de la marche nordique. Si tu vas au-delà de la définition succincte de la marche nordique : une marche active à sportive de propulsion avec bâtons qui apporte bien-être, santé et forme, tout en sollicitant l’ensemble du corps. Alors j’aime et je me retrouve totalement dans cette phrase de Jean-Philippe Samel, le concepteur d’OTOP® : «Le Nordic Walking est parfaitement maîtrisé lorsqu’il devient beau à voir, en dégageant une impression de fluidité, de légèreté, de souplesse et d’aisance sur tous les terrains».

Apprendre la marche nordique

A. G. : Peut-on apprendre la marche nordique seul ?

R. Z. : Cela me semble très difficile, non je ne crois pas, sauf à croire que la marche nordique, c’est juste marcher avec des bâtons. Pour acquérir une gestuelle digne de ce nom, nous avons besoin de démonstrations, de conseils, de corrections, d’encouragements sur le terrain. 

Je conseille plutôt de trouver un bon coach dont la pédagogie, la maîtrise du geste, l’observation, l’enthousiasme va vous faire passer de l’apprentissage des bases de la marche nordique au perfectionnement pour un geste efficace, harmonieux et performant. Il vous faudra répéter vos gammes régulièrement, avoir une conscience corporelle, ressentir le mouvement de propulsion, bien respirer. Vous pouvez trouver autour de chez vous un coach individuel (professionnel) ou un coach compétent au sein d’un club, d’une association ou d’une école. 

Apprendre les bases en club ou stage

Lors de mes stages, j’ai pu constater qu’il était difficile et long de corriger un geste inapproprié appris juste par l’interprétation d’un livre ou d’une vidéo. Ces deux outils pédagogiques sont par contre très intéressants une fois que l’on possède les bases pour poursuivre sa progression tout en continuant à prendre des cours. Je trouve également que le fait d’aller en club permet de découvrir différentes sensibilités de la Marche nordique, comme le Nordic Yoga®, le Nordic Power®, le BungyPump®… et la Marche Nordique Compétition qui demande des entrainements bien spécifiques.

A.G. : Que penses-tu de la Marche Nordique Compétition ?

R.Z. : C’est une des disciplines de la marche nordique au même titre que le BungyPump, le Nordic Yoga®, le Nordic trail bâtons®, le Nordic Fit, le Nordic Power®, Nordic Sculpt, Nordic Walking Ritmico, la Marche acro-nordique®, OTOP®…

Cette diversité est une grande richesse qu’il faut accepter, respecter et encourager. En fait, nous sommes une grande famille avec des sensibilités, des envies différentes, un peu comme l’athlétisme qui regroupe plusieurs disciplines, par exemple : la marche, la course, le lancer, les sauts… Ce que je vois de la MNC, sans parler de son règlement et du classement des marcheurs qui influence énormément le geste, est qu’elle développe principalement la qualité de vitesse et que ceux qui la pratiquent ont des aptitudes physiques indéniables.

Mon inspiration : l’hébertisme

Pour ma part, en tant qu’Otopiste, je m’inspire de l’hébertisme (la méthode naturelle de Georges Hébert) qui cherche à faire travailler un ensemble de qualités sans en privilégier une seule pour un développement plus harmonieux. Au fait Alain, comme tu le sais, j’adore sortir de ma zone de confort et faire des séances cardio en pratiquant le double appui bâtons en montée. Pas de dossard, pas de règlement, pas de comparaison, juste une exigence avec moi-même, seul ou en groupe.

À quand des compétitions qui autoriseraient le double appui bâtons en deux, trois et quatre temps, geste technique de la marche nordique trop souvent négligé et interdit en compétition FFA ? Tellement efficace en montée… (petit clin d’œil à mon amie Beatrix Voigt, excellente formatrice).

Bien utiliser les bâtons en compétition

Juste un petit mot sur le trail, car les traileurs utilisent (pas toujours à bon escient) les bâtons en compétition. J’ai eu la chance de pouvoir enseigner les rudiments de la Marche nordique en les adaptant au trail, et notamment la double propulsion à Caroline Chaverot qui gagnera l’UTMB, à la regrettée Juliette Benedicto, équipe de France de trail ainsi qu’à Sébastien Talotti, 2e de la CCC et 3e de la TDS. Ils étaient humbles, très à l’écoute, ils voulaient vraiment comprendre la technique bâtons qui allait les aider sur leurs compétitions. Ce furent de merveilleux moments d’échanges, de partages et de convivialité. Il faut vraiment initier les traileurs à la Marche nordique pour gagner du temps dans les montées, s’économiser sur le parcours et protéger les articulations quand c’est nécessaire.

Quelle vitesse avec la méthode OTOP© ?

A.G. : Quand tu marches en gestuelle OTOP®, quelle vitesse moyenne peux-tu maintenir ?

R.Z. : La gestuelle OTOP® est très exigeante et très généreuse dans l’effort. Elle nécessite une grande mobilité articulaire et engage de nombreux muscles. Nous ne sommes pas dans l’économie.  À un bon rythme avec une belle amplitude, l’effort physique et cardio sont très importants. Pour ma part, je suis en capacité de tenir du 7,2 km/h de moyenne en belle gestuelle sur des parcours de 8 à 20 km comme j’ai pu me tester, bien sûr sur un terrain plat ou légèrement montant. En cas de dénivelé, cette moyenne chute. Si vous ne vous imposez pas des impératifs de vitesse et de dénivelé, vous pouvez maintenir une belle gestuelle très longtemps.

Marche nordique en méthode OTOP©

En 2015, j’ai participé à la chronométrée de 15 km de l’EuroNordicWalk à Autrans. J’ai tenu une moyenne de 8,2 km avec un geste qui devenait de plus en plus étriqué au fil des kilomètres, je me sentais de plus en plus crispé, les muscles raides et bien loin de la gestuelle OTOP® que j’enseigne à longueur d’année. C’était un bel effort mais le plaisir n’y était pas. Même ressenti pour mes pratiquants également engagés sur l’épreuve.

Faire autre chose que la compétition…

A.G. : Souvent tu me dis que tu préfères évaluer plutôt que de classer un marcheur, qu’entends-tu par-là ?

R.Z. : Dans ma jeunesse, dans mon éducation, à l’école, dans les clubs, à la maison, il fallait être compétitif. C’était comme ça et je participais à ce mouvement qui était la règle. Un règlement, un classement définissait une performance, une valeur sur des critères restrictifs. Si nous prenons l’exemple du judo, au fil du temps, la force physique a pris le pas sur le bagage technique. 
De même qu’au ski de fond, sur certaines bosses, nous voyons des skieurs « courir » avec leurs skis plutôt que de glisser. En hockey sur glace, certains joueurs ont pour mission de « démolir » le joueur technique adverse qui peut faire la différence sur le match. Au rugby, certaines grandes équipes ne déroulent plus d’actions collectives mais ne font que jouer au pied pour progresser sur le terrain. 

Repenser l’activité plutôt que la compétition

Je trouve que les sports de compétition finissent par dénaturer l’esprit du jeu, il n’y a que la victoire qui est belle au détriment des fondements de l’activité même. Les années passant, tu grandis, tu rencontres des gens qui pensent différemment, tu lis et tu te documentes sur une autre façon de faire, de voir, de vivre les choses. Voire même, tu réfléchis… !
D’où mon intérêt et mon inspiration pour la méthode naturelle de Georges Hébert : l’hébertisme. Pour simplifier les choses, il faisait une évaluation sportive sur un ensemble de qualités physiques que sont l’endurance, la force, la souplesse, la vitesse, la coordination, l’équilibre.

Mon test d’évaluation pour la méthode OTOP©

Sans prétention, j’avais mis au point un test d’évaluation OTOP® que je faisais réaliser par mes pratiquants à l’année.
• ralenti : décomposer le mouvement global de la marche nordique avec maîtrise
• franchissement d’obstacles : s’approprier les bâtons et utiliser une technique corporelle pour franchir un obstacle en protégeant ses articulations (un tronc d’arbre, un ruisseau, monter/descendre un rocher…)
• vitesse : se déplacer le plus rapidement possible en gestuelle OTOP® sur un parcours court
• endurance : maintenir un certain rythme sur un parcours long
• coordination : enchaîner différentes techniques de la marche nordique (alterné, double appui bâtons, pino gauche ou droit, pas de l’écolier, pas du patineur…).

Le résultat sur l’ensemble de ces activités était surprenant, en ce sens que ce n’était pas celui qui allait le plus vite qui se retrouvait en tête de l’évaluation mais celui qui possédait le plus de qualités physiques. En tant que coach j’ai toujours considéré que le ralenti était une allure, extrêmement difficile, mais tellement intéressante pour faire progresser la gestuelle d’un pratiquant. 

Trois niveaux de cours

Au fil du temps et de l’expérience, j’ai mis en place trois niveaux de cours : 
1. L’apprentissage du geste de la Marche nordique : la prise de conscience corporelle
2. Le perfectionnement de la gestuelle : votre ressenti s’exprime
3. L’analyse proprioceptive de la gestuelle : perception proprioceptive de son corps dans la Marche nordique (voir la gestuelle et les ressentis de Claude Pichon).

A.G. : Quels sont les critères de la gestuelle de la marche nordique OTOP® ?

R.Z. : C’est une marche qui cherche à « aller du plus vers le mieux ». Comprendre cette phrase, c’est ressentir toute la philosophie du geste OTOP®. Tout d’abord, qu’est-ce qu’OTOP® ? C’est un clin d’œil, un moyen mnémotechnique afin que l’animateur se pose la question : suis-je OTOP® et ensuite est-ce que mes pratiquants sont OTOP® ?

O : Optimisation de la foulée
T : Tenue du corps
O : Ouverture des mains
P : Position des bâtons

La gestuelle OTOP®

Je vais aborder quelques points essentiels de la gestuelle OTOP® mais sincèrement, pour progresser, je vous encourage à suivre les stages de perfectionnement avec les nombreux instructeurs OTOP® que vous pouvez retrouver dans toute la France et la Belgique et/ou à participer à une formation de coach avec Chantal Torresan qui est devenue la référente OTOP® ou encore avec Yannick Sire (Nordic-Trail bâtons®, Nordic Power® en plus d’être OTOP®).

Le premier point essentiel, le déroulé du pied 

Ou l’APP pour Appui talon, Pression du médio pied, et Poussée en insistant sur le gros orteil. 
Nous travaillons la pose talon genou légèrement déverrouillé et non l’attaque talon. Pour comprendre, faites ce test : marchez nu-pieds sur un long couloir carrelé, un aller en attaque talon et le retour en pose talon genou légèrement déverrouillé, puis après, discutez avec vos vertèbres… ! 

Le second point, l’amplitude

Aujourd’hui notre mode de vie confortable joue négativement sur notre posture, la mobilité de nos articulations, la respiration (le temps passé dans le canapé, devant son ordinateur, dans sa voiture, sur son smartphone…). Au contraire, la marche nordique OTOP® vous fera travailler votre posture par auto-grandissement, épaules basses et une respiration fluide. 

À cette posture, vous ajoutez les rotations inversées hanches/épaules et les belles amplitudes se mettent en place. Lorsque vous avancez l’épaule droite, vous avancez la hanche gauche. Notre corps nous offre une ceinture scapulaire (épaules) d’une très grande mobilité, alors profitons-en pour avancer une épaule loin devant lors du piqué de bâton sous le centre de gravité et reculer l’autre loin derrière pour rechercher une propulsion maximale.  La mobilité de la ceinture pelvienne (hanches) est plus limitée mais bien réelle, il vous suffit d’avancer une hanche puis l’autre en provoquant un décalage (inspiration des katas en judo).

Le troisième point, le balancier des bras

Le mouvement alternatif des bras démarre de l’épaule. Un bras avant presque tendu au moment du piqué du bâton avec une main fermée sur la poignée de celui-ci, à hauteur du nombril ou juste un petit peu au-dessus. Celle-ci va s’ouvrir progressivement, tout en exerçant une pression dans le gantelet avec le tranchant de la main, puis totalement au passage sous la hanche en restant en position neutre (surtout pas de rotation interne du poignet ou une main en pagaie*) avec le bras tendu jusqu’en phase de poussée complète derrière.
Au final, le bâton est dans l’exact prolongement du bras, la main ouverte passant au-dessus de la poignée. Le retour du bras s’effectue en refermant progressivement la main puis totalement au passage de la hanche, et ainsi de suite… 

Juste un conseil : quand vous souhaitez réaliser une belle gestuelle faite d’amplitude, de fluidité, de souplesse et d’aisance, faites-le sur un faux plat montant, mettez-vous en mode geste plutôt lent, relâchez-vous, épaules basses, ressentez les mobilités articulaires et les amplitudes de votre corps en accord avec l’action de vos bâtons (patience, répétition et concentration). À pratiquer sans modération !

Un travail sur le terrain pour la méthode OTOP©

A.G. : Tu es un expert, penses-tu écrire un livre sur la méthode, le concept OTOP® ?

R.Z. : Tout d’abord, je ne me suis jamais autoproclamé « expert ». Je trouve cela très prétentieux. C’est aux pratiquants d’apprécier la qualité de la pédagogie, de la technique enseignée et d’émettre une éventuelle opinion. Je ne pense pas écrire de livre. Je suis un homme de terrain et ma pédagogie passe principalement par le ressenti, l’échange, les conseils, le souci du détail et ça, je ne sais pas le faire vivre dans un livre.
Préférant le contact humain, le face à face et l’exigence bienveillante avec de « belles personnes » comme je nomme souvent les pratiquants, je reste convaincu qu’un encouragement verbal vaut souvent mieux qu’un chapitre d’écriture.

OTOP® est un concept indépendant, libre, professionnel et reconnu. Il n’est représenté par aucune fédération, association… Chaque instructeur OTOP® est un chapitre de son histoire. Ce sont les seuls à pouvoir expliquer et transmettre le concept.

La marche nordique, une discipline d’avenir

A.G. : Quel avenir pour la marche nordique en France ?

R.Z. : En fait, tout va dépendre des acteurs qui vont la faire vivre et la faire évoluer. Toutes les sensibilités de la Marche nordique sont concernées.

Quels sont les acteurs ? 

Tout d’abord, les pratiquants et leurs envies ; les animateurs/instructeurs professionnels ou bénévoles qui encadrent les séances et transmettent des techniques et une gestuelle, qui organisent des animations, des stages et des formations reconnues ; les fédérations et associations qui orientent la vie des clubs avec parfois des valeurs différentes, organisent des compétitions, des regroupements, des formations… ; Marche nordique Magazine qui offre des sujets diversifiés et complémentaires, des organisations comme celle de l’EuroNordicWalk qui permettent à toute la famille de la Marche Nordique de se retrouver ; les journalistes spécialisés en Marche nordique comme Isabelle Verdier ; les réseaux sociaux (voir les sites d’Eric Woimant, le blog de Nordic Pat et bien d’autres…) ; les agitateurs d’idées… ; le milieu médical ; les médias ; les équipementiers (le matériel va et doit évoluer), et j’en ai sans doute oublié. 

Si tout ce beau monde intervient ensemble pour faire grandir la marche nordique, respecte la diversité et la richesse de chacun, alors c’est gagné, la Marche nordique va aller de l’avant, elle intéressera autant les jeunes que les moins jeunes, ceux qui recherchent une activité de loisirs en plein air, de la convivialité, du bien-être, du fitness, de la santé, de la belle gestuelle et bien sûr les sportifs et les compétiteurs. 

Je vois la marche nordique à l’image d’un arbre qui s’enracine de plus en plus, le tronc qui correspond à un tronc commun (l’aptitude à marcher techniquement avec des bâtons) et les branches, toujours plus nombreuses, représentant le Nordic Yoga®, la Marche nordique compétition, le BungyPump, le Nordic Power® ainsi que toutes les autres sensibilités.  

Des formations à faire évoluer

Plutôt que prédire demain, je préfèrerai te parler de ce qui me tient particulièrement à cœur pour son avenir et que j’aimerai voir évoluer rapidement. Au début des années 2000, la marche nordique apparaît comme une activité réservée aux seniors, plutôt apparentée à de la randonnée avec bâtons, avec très peu de technique et pas chère. Bien loin de l’inspiration technique du ski de fond. 

Même si son image a évolué, je suis convaincu que l’encadrement de la marche nordique en France est « pauvre », et que les formations que nous proposons ne vont pas assez loin. De nombreux animateurs restent des rando-guides qui mènent les pratiquants d’un point A à un point B, ce qui doit être pesant à la longue et pas très intéressant. Ce n’est pas de leur faute : des formations succinctes, peu de mises en situation, une boîte à outils bien loin d’être remplie de thèmes et d’ateliers à mettre en place, une gestuelle pas toujours maîtrisée, peu de connaissance en anatomie et physiologie…mais une attestation permettant d’encadrer. 

C’est comme si nous avions répondu dans la précipitation à un engouement pour la marche nordique sans donner un véritable sens à notre action. Ce n’est pas grave, maintenant il faut les aider et bien former la nouvelle génération comme je m’y suis engagé pendant plusieurs années. La formation des professionnels et des animateurs doit devenir une priorité… Oui, il va falloir investir dans tous les sens du terme ! Ce constat, je l’ai fait lors de mes nombreuses interventions en clubs et associations ainsi que durant mes stages auxquels participaient des animateurs et des présidents de clubs, mais aussi en discutant avec de nombreux professionnels. 

Des séances de marche attrayantes et techniques

Changer les mentalités et les façons de faire pour que les séances deviennent attrayantes avec un contenu technique : « ce n’est pas possible » était l’objection qui revenait le plus souvent. Mais je suis toujours resté optimiste, car avec une bonne pédagogie, on peut tellement obtenir et changer les choses en mieux !

Ce mot, ce mot magique : la pédagogie, doit être au cœur de la formation des animateurs, sinon aucun message ne passe. Certes, la pédagogie, ce n’est pas un claquement de doigt mais avec du temps et de la patience, on change les choses, on capte l’attention, on fait passer des messages, les esprits évoluent, les résultats suivent. Je vous transmets mon expérience, mais il y en a d’autres toutes aussi intéressantes et pertinentes. Lors de mes formations, après la partie théorique réalisée en salle, nous passions sur le terrain avec de nombreuses mises en situation pédagogique en conduite de groupes. Tout au long de la semaine, à plusieurs reprises, les futurs animateurs avaient lors d’une séance un thème et des ateliers à mettre en place. 

La pédagogie donne du sens à l’action

À la fin de sa séance, nous faisions un bilan, l’animateur, les participants et moi-même afin d’analyser ce qui avait bien fonctionné et les points à améliorer selon la fiche d’évaluation que j’avais mise en place sur les différentes qualités d’un animateur, à savoir :
• attitude générale : qualité de la présence, les gestes et placements par rapport au groupe
• attitude pédagogique : gestion du groupe, encouragements, feedback
• communication : consignes (claires, succinctes, allant à l’essentiel), non verbales (regards, sourires), démonstrations
• distanciation : capacité d’observation, capacité à repérer les erreurs individuelles, capacité à apporter les corrections appropriées et créativité.

Je le redis, la pédagogie c’est donner du sens à son action. La pédagogie, c’est aussi garder sa personnalité et se mettre à la portée du groupe. Une pédagogie « verbale » doit également être mise en place par les présidents de clubs ou d’associations ainsi que par les responsables des sections Marche nordique afin de définir en début de saison les objectifs, les projets, l’esprit et les moyens mis en place pour l’animation et le programme des séances de Marche nordique. Sans oublier que le cœur de la Marche nordique, c’est acquérir des techniques, exprimer une belle gestuelle et prendre beaucoup de plaisir à être en plein air.  

De bons souvenirs et de belles rencontres

A.G. : Tu es toujours aussi passionné, j’image que tu as dû garder plein de bons souvenirs ?

R.Z. : Effectivement, j’en garde des tonnes. Mes meilleurs souvenirs restent les stages avec mes pratiquants, le partage, l’échange, la convivialité. Ce sont des moments humainement riches dans des lieux magiques (Vercors, Mont-Blanc, Jura, Verdon, Luberon…). Si tu rajoutes mon exigence bienveillante sur l’acquisition d’une belle gestuelle, alors en fin de stage j’avais toujours de jolies récompenses… Les voir marcher selon leur aisance avec les progrès acquis tout au long de la semaine, j’ai juste envie de dire « merci à vous tous ».

Mes partenaires et amis pour la méthode OTOP©

Je garde également de très bons souvenirs de mes rencontres avec d’autres professionnels. Elles m’ont fait grandir et m’ont confirmé dans mes choix et mes orientations. Je pense tout particulièrement à Arja Jalkanen Meyer, ambassadrice de la marche nordique en France (nous avons organisé de nombreux stages ensemble et étions très complémentaires).

Et aussi à Jean-Philippe Samel, le créateur de la méthode OTOP© qui m’a fait confiance ; à Gaby et Axel, mes amis belges pour les expériences partagées ; à Christophe Cheval (nous nous sommes rencontrés plusieurs fois pour faire une démonstration en synchro qui n’a pas pu avoir lieu mais l’amitié est restée) ; à Chantal Toressan que j’ai formée puis qui est devenue ma formidable collaboratrice ; à Marko Kantaneva, celui qui a codifié la Marche nordique en 1996/1997 en Finlande… nous nous sommes retrouvés à suivre un stage chez Pino en Italie pour le Nordic Power®, nous avons marché, échangé et bien plaisanté ensemble ; et enfin à mon ami Pino Dellasega, le maestro italien et responsable du Nordic Walking en Italie avec qui j’ai passé des moments merveilleux et qui a influencé ma vision de la gestuelle en Marche nordique.

Arpenter les sentiers et photographier notre belle nature

A.G. : Et maintenant, que vas-tu faire ?

R.Z. : La marche nordique m’a beaucoup donné, je vais répondre à quelques invitations qui me font plaisir. J’ai encore de beaux massifs à découvrir en moyenne montagne, je vais continuer à arpenter les nombreux sentiers en marche nordique et à photographier notre belle nature et quelques belles gestuelles… Je vais très certainement rencontrer des marcheurs et dans mes yeux d’observateur, il y aura toujours cette étincelle de compréhension, d’analyse, de recherche, d’encouragement, de bienveillance… Une belle gestuelle c’est comme une belle lumière.

À vos bâtons, hop, hop, hop ! Allez du plus vers le mieux…

Merci à Pino Dellasega, Chantal Toressan, Claude Pichon et Corinne Ducamp pour leur présence sur les photos Air-Z.

À lire sur papier

Cet article est à retrouver au n°36 de Marche Nordique Magazine

formation et technique en marche nordique