Découverte de l’île d’Ouessant

Marche nordique sur l’île d’Ouessant avec Marie Brosselier

Abandonnons ce qui nous pèse au port du Conquet, et en route pour 20 kms au large ! Venir sur l’île d’Ouessant se mérite : un long trajet en voiture, 1 h 15 de bateau avec la compagnie Penn Ar Bed… Parfois, la mer est agitée et le voyage plus compliqué.

Ouessant est l’île la plus à l’ouest de l’Europe, après c’est l’Amérique ! La géographie de l’île est reconnaissable :  un caillou en forme de crabe, la pointe de Pern pour la pince droite et Porz Doun pour la gauche. Au milieu, la baie de Lampaul et un gros rocher, le « Youc’h Korz’ ». 

La légende dit que deux saints, Gweltas et Gwenolé, habitaient chacun sur une pince. Ils se faisaient donc face et se querellaient beaucoup. Ils commencèrent à se jeter des pierres, tant et si bien qu’elles s’entassèrent au fond de la mer pour former ce gros rocher. Une autre version dit : Gweltas et Pol furent attaqués à coup de pierre par des païens. Ce sont quelques traces des déboires que connurent les saints évangélisateurs sur cette île de fortes têtes.

Une île du Ponant protégée par ses phares

Après une halte à l’archipel de Molène, les courants du Fromveur chahutent le bateau. Ce passage est le lieu de violents courants au nord de la mer d’Iroise, souvent redoutés par les bateaux, surtout par vent contraire où la mer se creuse considérablement. Le phare de Kéréon, imperturbable, veille sur ces courants, la Jument en balise le passage, tandis que nos regards portent au loin. 

En haut de la falaise, le phare du Stiff fait de l’œil à la tour radar. Celle-ci fut construite à la suite du naufrage de l’Amoco Cadiz et mise en service en 1982. Elle permet au CROSS Corsen  la surveillance du trafic maritime au large de l’île.

Soulagement pour nos marcheurs qui n’ont pas le pied marin, on passe la balise de Men Korn, et il ne reste que 15 minutes avant l’arrivée au port du Stiff. Si les regards sont affûtés, on peut du large apercevoir le phare majestueux de Ouessant. À la pointe de Pern, le Créac’h, chaussette noire et blanche, phare le plus puissant d’Europe, ses feux portant à plus de 60 km. Le dernier phare est le Nividic, en mer côté Ouest, au milieu de rochers et d’une côte déchiquetée, construit entre 1912 et 1936 dont deux pylônes en béton, toujours visibles, commandaient une ligne électrique.

Ces 5 phares sont maintenant automatisés. Il n’y a plus de gardien, mais des soucis évidents d’entretien, et ces beaux édifices souvent classés monuments historiques sont en perdition. Ils ont pourtant longtemps évité des naufrages sur les côtes de l’île d’Ouessant. Entre la Jument et le Créac’h il y en a eu 31 entre 1888 et 1904. En 1904, un décret a autorisé la construction de la Jument, qui fut mis en service en 1911.

4 jours à l’île d’Ouessant

Notre séjour commence à l’arrivée du groupe, vendredi 6 juin 2025. Les coaches ont tout prévu, dont une navette avec Ouessant Evasion pour se rendre à l’hébergement du CEMO, tout près du phare du Créac’h, à 7 km du Port du Stiff.

Le CEMO (centre d’étude du milieu Ouessantin), est à la fois centre de recherche et lieu d’hébergement, adapté à l’accueil et à l’autonomie des groupes. Eli, intendante précieuse du groupe MNP, épaule Marie sur ces séjours. C’est elle qui élabore les menus et dirige les opérations en cuisine. Ces temps de préparation des repas font partie du séjour et ce sont des moments conviviaux d’échange, de rires aussi !

La partie rando, parcours et réservation revient à Marie. C’est un duo rodé, et les marcheurs savent apprécier ces prestations. Après l’installation au CEMO, la présentation de l’île et des parcours, nous partons ce vendredi pour la pointe de Porz Doun au Sud-Ouest de l’île. 

Marche à l'île d'Ouessant

Marche avec bâtons et embouts

Départ avec bâtons et embouts (interdiction sans) du CEMO vers Lampaul, le bourg, la « capitale » comme disent les Ouessantins. Très belle vue sur la baie de Lampaul et la plage de Korz, continuons vers Porzgen par un chemin entouré de hautes fougères. La végétation va souvent nous surprendre par sa générosité et sa hauteur. Notre sortie se fait sous le regard du phare de la Jument. Une végétation rase nous emmène vers la pyramide du Runiou, souvent très exposée aux vents. C’est un amer (repère pour les marins) qui permet de faire des alignements avec le clocher de l’église et le rocher peint en blanc sur la pointe de Pern.

Nous croisons sur le parcours la petite plage du Prat, encastrée dans une crique avec en haut une pelouse et un ensemble de lavoir et de fontaine. Sur cette côte, le chemin nous balise le parcours, les fougères dépassent souvent les épaules des marcheurs et la technique marche nordique est difficile à mettre en application. 

Le charme des randos à l’île d’Ouessant…

Plus loin, nous trouvons de larges chemins où chacun peut s’exprimer et mettre un peu de rythme. C’est là tout le charme des randos à l’île d’Ouessant, du changement, des découvertes, une végétation luxuriante, des couleurs changeantes, des odeurs douces de genêts en fleurs et de bruyères d’été naissantes… Fin de journée : 16 km, plus le voyage, nos marcheurs iront quand même voir le phare du Créac’h s’allumer et rêveront de légendes bretonnes, de paysages et de phares.

Randonnée à l'île d'Ouessant

A l’assaut des rochers à la pointe de Pern

Jour 2 : samedi 7 juin

Après un bon petit déjeuner, la troupe part à l’assaut des rochers de la pointe de Pern. L’imagination débordante, les rochers ressemblent tantôt à un lapin, tantôt à un chien, chacun y met sa petite touche ! Mais surtout, le parcours qui passe par le fort de Locqueltas nous raconte l’île sentinelle. Ce fort, construit en 1861 sous Napoléon III, doit protéger l’île de toutes menaces. Il en existe un autre sur la côte Nord, le fort de Kernic.

Sur ce chemin de rando, nous pouvons utiliser nos bâtons, car le chemin est large et la végétation rase. Plantes endémiques telles que genêts au ras du sol, armérie maritime par petites touches, ou touffes de bruyères, ornent ce paysage battu par les vents venus du nord-ouest (le noroît à Ouessant). Sur ce parcours vallonné, le marcheur joue à cache-cache avec le Créac’h, on le voit, on ne le voit plus ! 

Le phare du Créac’h, l’un des plus puissants au monde

La boucle de la pointe de Pern est magnifique. Nous trouvons les ruines d’un ancien bâtiment d’une corne de brume construite en 1866 et actionnée par un manège à chevaux. La relève se fera par la Villa des Tempêtes qui a abrité une nouvelle corne de brume actionnée par un système à vapeur de 1885 à 1900. Autant dire que tout était déjà mis en œuvre pour limiter les naufrages. La cerise sur le gâteau est bien sûr l’arrivée sous le phare, que nous viendrons chaque soir saluer à la tombée de la nuit.

Pause déjeuner et navette pour aller à Penn Arlan, tout à l’est pour remonter le sentier sud et sa côte agitée par les vents, ce samedi précisément. La météo capricieuse va nous livrer sa palette de rayons de soleil, vent, pluie horizontale, vent encore et encore… Au moins, les tenues ont séché ! Les coaches avaient dit : vivre Ouessant par tous les temps !

Penn Arlan à l’Est de l’île

Jour 3 : dimanche 8 juin

Départ pour Penn Arlan en navette. De là, la troupe va rejoindre la croix de Saint-Pol par de larges sentiers confortables pour marcher nordique sur la côte est de l’île. La croix de Saint-Pol est la plus ancienne de l’île. On dit que Saint-Pol a débarqué là, au terme d’une traversée agitée en provenance de Grande-Bretagne.

Après s’être bien imprégnée du lieu, la troupe reprend le sentier côtier vers le Cromlec’h. Site mégalithique, temple païen… il semblerait que les Celtes aient investi ce lieu à la suite des populations préhistoriques. Le Cromlec’h a la forme d’un œuf mégalithique. L’île est semée d’espaces sacrés. Entre chapelles, croix et rochers, marcher à Ouessant reste envoûtant et mystérieux. Il faut savoir prendre le temps d’écouter ses pas.

Bientôt le phare du Stiff, la pointe de Cadoran et ses sentiers étroits dans la lande. L’été, la bruyère et les ajoncs recouvrent cette nature chahutée par les vents du nordet (nord-est). La végétation s’adapte : pas d’arbre à l’île Ouessant, juste des arbustes dans les stangs (zone humide). Cette côte est la moins peuplée de l’île. 

La baie de Beninou et ses falaises sauvages

Après quelques kilomètres, face à nous, la baie de Beninou et ses flots tumultueux qui isolent l’île Keller. Nous sommes au nord, sur ses falaises, et des oiseaux nichent dans les creux. Les sentiers sont plus larges, on peut de nouveau jouer avec le Créac’h, partie de cache-cache. On pourrait croire qu’il est tout près ! Une belle surprise nous attend du côté de Yusin : deux phoques habitués du lieu nous font l’honneur de nous saluer. Nous restons là, à les regarder plonger puis réapparaître, moment magique et tellement espéré des coaches…

La rando se termine sous le phare après 18 km, la troupe reste là comme envoûtée par Ouessant. Un peu fatiguée aussi sans doute… Dernière soirée au CEMO où deux musiciens bretons vont nous animer l’apéro et égayer ce dernier soir sur le caillou.

Chacun a su apprécier cette escapade bretonne. On a dû un peu délaisser la technique marche nordique, mais tous les sentiers ne s’y prêtaient pas. L’essentiel reste le partage, ces moments de déconnection avec le continent, la grande terre, l’oubli de l’actualité, la coupure…

L’île d’Ouessant, sauvage et magique

Sur l’île d’Ouessant, on s’étonne de tout et de rien, du mouton qui traverse, du chat sur le mur, de la mouette qui hurle pour défendre son nid d’un prédateur, d’un alignement de cailloux colorés sur un mur… On se laisse surprendre par des sentiments d’émerveillement, un peu comme des enfants. Regarder l’oiseau planer, le soleil se coucher sur le phare du Créac’h, les feux des 5 phares qui s’allument chacun leur tour à la tombée de la nuit, compter leurs éclats, leur fréquence, l’île c’est vivre l’instant qui est là !

Jour 4 : lundi 9 juin

Le départ ! Déjà quitter l’île d’Ouessant et ses visages familiers… Dans les moments silencieux de nos marches, sur ces 4 jours tous ensemble, la magie de Ouessant a enveloppé chacun de nous. Rappelez-vous : se délester de ce qui nous pèse et prendre le bateau pour le large, vision symbolique de l’île, mais tellement vraie une fois sur le caillou !

Merci au groupe MNP, merci à Eli (intendante hors pair), merci aux photographes du groupe et aux Ouessantins toujours aussi accueillants. 

En savoir +
Marie Brosselier, Coache et fondatrice du club Marche Nordique Passionnément, éducateur sportif BEES1 athlétisme et instructeur Marche nordique (Angers)
marche-nordique-passion.fr
Tél. 06 15 67 77 89

À lire sur papier

Cet article est à retrouver au n°41 de Marche Nordique Magazine, page 8.

Découverte de l'île d'Ouessant en marche nordique